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Cette maison située dans la rue principale du village du Bès, est une maison paysanne ordinaire, mais typique des maisons du Bès. La description et les commentaires concernent la maison telle qu'elle était il y a 50 ans avant sa rénovation récente. |
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- La maison comprend deux parties bien distinctes situées l'une sur l'autre :
Description de la partie inférieure :
La grande écurie est voûtée d'arêtes avec un pilier central d'une seule pièce en granit. La cohabitation entre les hommes et les animaux qui a perduré, dans cette pièce, durant les hivers, jusque vers les années 1950, était organisée en trois zones. La première située au fond, le long du mur côté montagne, avec une crèche et un râtelier, servait aux grands animaux, deux ou trois vaches et un mulet ou un âne [22]. La deuxième à côté de la première, servait aux brebis, aux chèvres et éventuellement à un cochon. Du côté vallée, près d'une petite fenêtre, se trouvait le logement d'hiver, qui profitait ainsi de la chaleur dégagée par les bêtes. Sur un plancher simple posé à même la terre battue, un grand lit clos fermé par un rideau, avec un matelas de paille ou de laine, un poêle bas, qui était utilisé uniquement à la préparation des repas, un buffet pour ranger les ustensiles de cuisine, et un grande table étaient les seuls meubles de la pièce. Le foin pour les bêtes était descendu tôt le matin et le soir par l'escalier intérieur. Deux fois par jour, les vaches et le mulet allaient boire à la fontaine du village. Le fumier était sorti tous les matins et stocké durant l'hiver à l'extérieur, près de la maison. La cuisine, en voûte-tunnel, souvent appelée "fougagne", était utilisée tout l'été. Une âtre, pouvant recevoir de très grands chaudrons, permettait de travailler les fromages. La charcuterie et les salaisons étaient aussi préparées et stockées dans cette pièce. L'hiver, non chauffée, elle permettait de conserver la nourriture consommable (lait, beurre, fromages, ...). Le mobilier comprenait des vaisseliers, un pétrin pour préparer les pains et les tourtes cuits une fois par mois dans le four banal [23], des coffres à salaison, une grande table et des chaises. La cave, en voûte-tunnel, était utilisée pour le stockage des légumes, notamment des pommes de terre. Pour les conserver frais pendant l'hiver, les choux et les salades étaient directement repiqués dans la terre battue du sol. Pour monter au premier, l'escalier, construit en pierres recouvertes de bois, se termine sur un palier nommé "visite" où se trouvent trois portes. La première, très solide, en fer, équipée d'un verrou permettant une fermeture étanche, donne directement dans la grange. La deuxième donne sur un petit balcon étroit face au sud-est servant à faire sécher au soleil les pommes de terre ou les grains. L'accès aux chambres se fait par la troisième porte. Les chambres sont au nombre de trois, en enfilade. Les premières étaient utilisées pour le rangement des linges et pour dormir l'été. La troisième, la chambre ménagère, équipée d'une petite fenêtre à barreaux avec un grillage très fin, était le garde-manger de la maison. Sur une grande table étaient posés les pains de sucre, les sacs de farine et de sel. Des coffres servaient au stockage des grains. Une grande barre en bois fixée horizontalement à la voûte servait d'accrochoir aux pièces de viande et aux jambons. Description de la partie supérieure :
Sur les façades sont posées des sablières, soutenant des entraits (perpendiculaires au faîte) dans lesquels sont enfoncés des arbalétriers soutenant les pannes. Les arbalétriers et les entraits forment des triangles verticaux posés sur les murs porteurs et qui reprennent les efforts dûs au poids du toit et de la neige, les entraits travaillant à la traction et les arbalétriers au fléchissement (plusieurs cm au milieu de l'arbalétrier lors de grosses chutes de neige). Les pannes sont posées horizontalement sur les arbalétriers et ne sont pas scellées dans les murs mitoyens. Un ensemble de faux-entraits, à mi-hauteur permet consolider les triangles. Sur les pannes sont cloués des chevrons sur lesquels sont fixées des planches. A l'origine, la couverture était faite de chaume en paille de seigle poussant particulièrement bien dans la région. Malheureusement, au cours du dernier siècle, le feu a eu raison de ce type de couverture, les bottes de paille enflammées ayant tendance à sauter sur plusieurs dizaines de mètres et à propager le feu dans tout le village. Ainsi, le village du Bès a entièrement brûlé le 12 juin 1892. Grâce à leurs relations, quelques hommes du village qui travaillaient l'hiver dans la région d'Angers, ont pu se faire donner des ardoises de Trélazé qu'ils ont ramené au pays en tombereaux. C'est ainsi que le Bès était le seul village de la vallée de la Guisane a être couvert d'ardoises. Avec l'arrivée du tourisme de masse dans les années 50, plusieurs autres villages de la vallée, encore couverts de chaume ont brûlé, le feu étant souvent transmis par des cigarettes mal éteintes jetées sur le reste de foin tombé sur les montées de grange. Il faut dire que les paysans avaient l'habitude de taper avec leur fléau sur les bottes de foin, avant de les rentrer dans la grange, pour chasser les vipères nombreuses dans la région [24]. Entre le haut des murs gouttereaux et la couverture, une fente importante assurait une bonne ventilation des récoltes quelquefois rentrées trop humides. Notamment l'hiver, l'air chauffé contre les façades montait, passait sous le toit et réchauffait la grange. Quand les autorités ont exigé la pose de randes afin de protéger les personnes des chutes de neige du toit, ce fut la fin des ardoises : en effet la neige contre le toit fondait par cette chaleur montant le long des façades, l'eau montait par capillarité entre les ardoises et dès que le soleil se couchait, l'eau gelait en cassant les ardoises. Plus de la moitié des ardoises devant être changée chaque été, elles furent finalement remplacées par des tôles ondulées en 1956. Pour répartir les poids uniformément sur les voûtes, le plancher de la grange était posé sur des petites poutres elle-mêmes posées, sur toute leur longueur, sur un mélange de terre et pignes de pin situé sur l'extrados des voûtes. Devant la porte de grange, le plancher était robustement fait de planches très épaisses (souvent 8 cm) en mélèze. Sur cette zone, l'aire de battage, les céréales amenées en botte était battues au fléau pour séparer les grains de la paille. Un étage intermédiaire de grosses poutres, à mi distance du plancher de la grange et de la charpente formait un second étage. Des planchers ("plans") très ajourés étaient fixés sur ces poutres pour entreposer le foin et la paille. Les bottes de foin ramenées de la montagne à dos de mulet ou sur des charrettes étaient déposées sur la montée de grange, battues au fléau, et montées avec une grue en bois fixée entre un entrait et un faux entrait. Le foin était stocké en vrac dans les parties supérieures et puis descendu au fur et à mesure de la consommation. Des fagots de frêne étaient aussi stockés pour faire les flambées dans les poêles. Avec chaque maison, un ensemble d'une trentaine de terrains permettaient aux propriétaires de produire tous les végétaux pour vivre en autarcie. Avec l'expérience de plusieurs générations, les terres étaient spécialisées en zones pour le jardin potager , les choux, les pommes de terre, l'épeautre, le seigle, la luzerne, le trèfle et le foin. Ainsi la propriété est-elle toute morcelée, car chacun avait un morceau dans chaque zone.
Le foin ramassé après le 15 août sur les
terrains d'altitude, était stocké, avant
d'être descendu dans la vallée, dans un petit
chalet d'alpage où il était possible de se
loger durant les quelques semaines de la fenaison. En
général, les paysans du Bès avaient
leur chalet à Fréjus. Pour marquer la fin de
l'été et la descente des troupeaux, à
la Saint Michel, une cérémonie rassemblait les
villageois qui étaient montés à
Fréjus. Au cours de cette cérémonie,
une effigie de la plus vieille femme qui était
montée en alpage, était brûlée
sur le serre dit "de la vieille", dans un grand feu de joie
(tradition qui se perpétue encore avec les
agriculteurs du Bès). Cette maison a été rénovée à la fin des années 1960 par les parents des propriétaires, puis partagée en deux et réarrangée par le propriétaire et sa soeur à la fin des années 1980. En quelques années, elle a vu l'arrivée du confort moderne :
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