Une maison de village au Bès


Cette maison située dans la rue principale du village du Bès, est une maison paysanne ordinaire, mais typique des maisons du Bès. La description et les commentaires concernent la maison telle qu'elle était il y a 50 ans avant sa rénovation récente.

 

 


- La maison comprend deux parties bien distinctes situées l'une sur l'autre :

- La partie inférieure est construite en gros murs très épais, avec des plafonds sous forme de voûtes d'arêtes ou de voûtes-tunnel. Sur trois étages de voûtes, elle abrite les pièces d'habitation soit l'écurie, une cuisine, une cave et les chambres dont la chambre ménagère. Elle est construite pour durer et notamment pour protéger les biens et les bêtes en cas d'incendie, surtout l'hiver où il était difficile de sortir pour s'éloigner du feu. Elle date de plusieurs siècles.

- La partie supérieure est constituée de gros murs porteurs en façade, de murs mitoyens de séparation et d'une construction légère avec beaucoup de bois. Elle abrite la grange et le grenier. Au cours des siècles, les parties en bois ont souvent brûlées complètement.

- Les deux parties sont complètement isolées et indépendantes, mis à part une porte de fer très étanche, empêchant le feu de se propager.


Description de la partie inférieure :

- Le rez-de-chaussée est en partie enterré dans la pente. Le mur du côté de la montagne (sud-ouest) est construit comme au moyen âge, c-a-d les grosses pierres ne sont bien alignées qu'à l'intérieur, des irrégularités de plus de 50 cm se trouvant du côté de la fouille.

Le rez-de-chaussée comprend une entrée (appelée "court") permettant d'accéder dans la grande écurie/étable (~70 m2), la cuisine, un escalier intérieur pour monter au premier, et une porte donnant sur l'escalier de la cave en sous-sol.

Le portail d'accès, orienté au nord, surmonté par une imposte vitrée, est protégé par une avancée du toit.

La grande écurie est voûtée d'arêtes avec un pilier central d'une seule pièce en granit. La cohabitation entre les hommes et les animaux qui a perduré, dans cette pièce, durant les hivers, jusque vers les années 1950, était organisée en trois zones. La première située au fond, le long du mur côté montagne, avec une crèche et un râtelier, servait aux grands animaux, deux ou trois vaches et un mulet ou un âne [22]. La deuxième à côté de la première, servait aux brebis, aux chèvres et éventuellement à un cochon. Du côté vallée, près d'une petite fenêtre, se trouvait le logement d'hiver, qui profitait ainsi de la chaleur dégagée par les bêtes. Sur un plancher simple posé à même la terre battue, un grand lit clos fermé par un rideau, avec un matelas de paille ou de laine, un poêle bas, qui était utilisé uniquement à la préparation des repas, un buffet pour ranger les ustensiles de cuisine, et un grande table étaient les seuls meubles de la pièce. Le foin pour les bêtes était descendu tôt le matin et le soir par l'escalier intérieur. Deux fois par jour, les vaches et le mulet allaient boire à la fontaine du village. Le fumier était sorti tous les matins et stocké durant l'hiver à l'extérieur, près de la maison.

La cuisine, en voûte-tunnel, souvent appelée "fougagne", était utilisée tout l'été. Une âtre, pouvant recevoir de très grands chaudrons, permettait de travailler les fromages. La charcuterie et les salaisons étaient aussi préparées et stockées dans cette pièce. L'hiver, non chauffée, elle permettait de conserver la nourriture consommable (lait, beurre, fromages, ...). Le mobilier comprenait des vaisseliers, un pétrin pour préparer les pains et les tourtes cuits une fois par mois dans le four banal [23], des coffres à salaison, une grande table et des chaises.

La cave, en voûte-tunnel, était utilisée pour le stockage des légumes, notamment des pommes de terre. Pour les conserver frais pendant l'hiver, les choux et les salades étaient directement repiqués dans la terre battue du sol.

Pour monter au premier, l'escalier, construit en pierres recouvertes de bois, se termine sur un palier nommé "visite" où se trouvent trois portes. La première, très solide, en fer, équipée d'un verrou permettant une fermeture étanche, donne directement dans la grange. La deuxième donne sur un petit balcon étroit face au sud-est servant à faire sécher au soleil les pommes de terre ou les grains. L'accès aux chambres se fait par la troisième porte.

Les chambres sont au nombre de trois, en enfilade. Les premières étaient utilisées pour le rangement des linges et pour dormir l'été. La troisième, la chambre ménagère, équipée d'une petite fenêtre à barreaux avec un grillage très fin, était le garde-manger de la maison. Sur une grande table étaient posés les pains de sucre, les sacs de farine et de sel. Des coffres servaient au stockage des grains. Une grande barre en bois fixée horizontalement à la voûte servait d'accrochoir aux pièces de viande et aux jambons.


Description de la partie supérieure :

Tous les murs, de forme trapézoïdale, avec une épaisseur de 1 m à la base, sont en maçonnerie, avec des pierres non taillées, et calées avec un mortier de chaux. Les parties extérieures des façades sont enduites avec un crépis léger et poreux pour laisser passer l'humidité, celle provenant des parties enterrées et non étanchées, ainsi que celle générée par la respiration du bétail.

Les murs mitoyens sont élevés jusqu'au dessus des toits pour former un écran nommé "barbacane" et ainsi, protéger du feu les maisons voisines. Les façades sont plus épaisses, car elles forment les murs porteurs de la charpente.

La charpente, entièrement en mélèze, est construite de manière indépendante des murs mitoyens, et ne crée pas d'efforts sur les maisons voisines.

Sur les façades sont posées des sablières, soutenant des entraits (perpendiculaires au faîte) dans lesquels sont enfoncés des arbalétriers soutenant les pannes. Les arbalétriers et les entraits forment des triangles verticaux posés sur les murs porteurs et qui reprennent les efforts dûs au poids du toit et de la neige, les entraits travaillant à la traction et les arbalétriers au fléchissement (plusieurs cm au milieu de l'arbalétrier lors de grosses chutes de neige). Les pannes sont posées horizontalement sur les arbalétriers et ne sont pas scellées dans les murs mitoyens. Un ensemble de faux-entraits, à mi-hauteur permet consolider les triangles. Sur les pannes sont cloués des chevrons sur lesquels sont fixées des planches.

A l'origine, la couverture était faite de chaume en paille de seigle poussant particulièrement bien dans la région. Malheureusement, au cours du dernier siècle, le feu a eu raison de ce type de couverture, les bottes de paille enflammées ayant tendance à sauter sur plusieurs dizaines de mètres et à propager le feu dans tout le village. Ainsi, le village du Bès a entièrement brûlé le 12 juin 1892. Grâce à leurs relations, quelques hommes du village qui travaillaient l'hiver dans la région d'Angers, ont pu se faire donner des ardoises de Trélazé qu'ils ont ramené au pays en tombereaux. C'est ainsi que le Bès était le seul village de la vallée de la Guisane a être couvert d'ardoises. Avec l'arrivée du tourisme de masse dans les années 50, plusieurs autres villages de la vallée, encore couverts de chaume ont brûlé, le feu étant souvent transmis par des cigarettes mal éteintes jetées sur le reste de foin tombé sur les montées de grange. Il faut dire que les paysans avaient l'habitude de taper avec leur fléau sur les bottes de foin, avant de les rentrer dans la grange, pour chasser les vipères nombreuses dans la région [24].

Entre le haut des murs gouttereaux et la couverture, une fente importante assurait une bonne ventilation des récoltes quelquefois rentrées trop humides. Notamment l'hiver, l'air chauffé contre les façades montait, passait sous le toit et réchauffait la grange. Quand les autorités ont exigé la pose de randes afin de protéger les personnes des chutes de neige du toit, ce fut la fin des ardoises : en effet la neige contre le toit fondait par cette chaleur montant le long des façades, l'eau montait par capillarité entre les ardoises et dès que le soleil se couchait, l'eau gelait en cassant les ardoises. Plus de la moitié des ardoises devant être changée chaque été, elles furent finalement remplacées par des tôles ondulées en 1956.

Pour répartir les poids uniformément sur les voûtes, le plancher de la grange était posé sur des petites poutres elle-mêmes posées, sur toute leur longueur, sur un mélange de terre et pignes de pin situé sur l'extrados des voûtes. Devant la porte de grange, le plancher était robustement fait de planches très épaisses (souvent 8 cm) en mélèze. Sur cette zone, l'aire de battage, les céréales amenées en botte était battues au fléau pour séparer les grains de la paille.

Un étage intermédiaire de grosses poutres, à mi distance du plancher de la grange et de la charpente formait un second étage. Des planchers ("plans") très ajourés étaient fixés sur ces poutres pour entreposer le foin et la paille. Les bottes de foin ramenées de la montagne à dos de mulet ou sur des charrettes étaient déposées sur la montée de grange, battues au fléau, et montées avec une grue en bois fixée entre un entrait et un faux entrait. Le foin était stocké en vrac dans les parties supérieures et puis descendu au fur et à mesure de la consommation. Des fagots de frêne étaient aussi stockés pour faire les flambées dans les poêles.

Avec chaque maison, un ensemble d'une trentaine de terrains permettaient aux propriétaires de produire tous les végétaux pour vivre en autarcie. Avec l'expérience de plusieurs générations, les terres étaient spécialisées en zones pour le jardin potager , les choux, les pommes de terre, l'épeautre, le seigle, la luzerne, le trèfle et le foin. Ainsi la propriété est-elle toute morcelée, car chacun avait un morceau dans chaque zone.

Le foin ramassé après le 15 août sur les terrains d'altitude, était stocké, avant d'être descendu dans la vallée, dans un petit chalet d'alpage où il était possible de se loger durant les quelques semaines de la fenaison. En général, les paysans du Bès avaient leur chalet à Fréjus. Pour marquer la fin de l'été et la descente des troupeaux, à la Saint Michel, une cérémonie rassemblait les villageois qui étaient montés à Fréjus. Au cours de cette cérémonie, une effigie de la plus vieille femme qui était montée en alpage, était brûlée sur le serre dit "de la vieille", dans un grand feu de joie (tradition qui se perpétue encore avec les agriculteurs du Bès).
Pour surveiller les terrains d'altitude, le propriétaire utilise un petit véhicule tous-terrains Haflinger .


Cette maison a été rénovée à la fin des années 1960 par les parents des propriétaires, puis partagée en deux et réarrangée par le propriétaire et sa soeur à la fin des années 1980. En quelques années, elle a vu l'arrivée du confort moderne :

Début des années 40

Branchement de l'eau courante

Fin des années 40

Branchement de l'électrécité

Fin des années 50

Sanitaires et tout à l'égout

Début des années 70

Téléphone, puis télévision

Fin des années 70

Connexion d'un Apple II par téléphone avec modem acoustique sur les ordinateurs du travail

Début des années 80

Connexion à internet par "call-back"

En 1995

Connexion internet par Wanadoo

En 1997

Page personnelle


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